
Les auditions organisées ces derniers jours à la commission des Finances de la Chambre sur la future taxe sur les plus-values ont donné lieu à des critiques particulièrement sévères. Économistes, professeurs de droit fiscal, représentants des investisseurs et du secteur bancaire ont pointé les failles techniques, les effets pervers économiques et la complexité accrue du dispositif envisagé.
Un constat frappe pourtant : les experts-comptables et conseillers fiscaux, pourtant au cœur de l’économie réelle et du conseil aux entrepreneurs, n’ont pas été auditionnés. Cette absence interroge. Peut-on raisonnablement légiférer sur une réforme aussi structurante sans entendre ceux qui accompagnent, au quotidien, les PME, les indépendants, les start-up et les entreprises familiales ?
Les experts entendus ont dressé un tableau préoccupant.
Tous ou presque ont dénoncé une taxe qui manque sa cible, en prétendant viser « les épaules les plus larges » tout en touchant, dans les faits, une classe intermédiaire d’investisseurs et d’entrepreneurs.
Plusieurs critiques reviennent avec insistance :
Ces analyses sont solides. Mais elles restent, pour l’essentiel, macro-économiques ou financières.
Ce qui manque au débat parlementaire, c’est la dimension opérationnelle.
Or, c’est précisément là que les experts-comptables jouent un rôle central.
Chaque jour, ils accompagnent :
Pour ces acteurs, la taxe sur les plus-values n’est pas un concept abstrait. Elle influence directement :
C’est cette lecture de terrain qui n’a pas été portée à la Chambre.
Les auditions ont montré que la taxe pourrait encourager :
Mais il faut aller plus loin.
Pour beaucoup d’entrepreneurs, la fiscalité n’est pas qu’un coût : elle est un signal.
Une taxe perçue comme :
peut nourrir un sentiment de décrochage entre le législateur et l’économie réelle.
Or, les experts-comptables sont précisément ceux qui mesurent, au quotidien, l’impact psychologique et stratégique de ces signaux fiscaux sur les décisions d’investissement.
Le contraste est frappant :
les banques ont été auditionnées et ont chiffré très concrètement les coûts informatiques et opérationnels de la réforme (60 à 80 millions d’euros), tout en alertant sur les risques d’erreurs et de responsabilité.
Les experts-comptables, eux, auraient pu éclairer :
Leur absence laisse un déséquilibre manifeste dans l’analyse parlementaire.
La question mérite d’être posée sans provocation.
Peut-on concevoir une réforme fiscale majeure sans entendre ceux qui :
La fiscalité n’est pas qu’un instrument budgétaire.
Elle est un outil de politique économique, dont l’efficacité dépend aussi de sa compréhension, de son acceptation et de sa prévisibilité.
Dimension | Auditions réalisées | Angle manquant |
Justice fiscale | ✔️ | |
Complexité juridique | ✔️ | |
Coûts bancaires | ✔️ | |
Comportements d’évitement | ✔️ | |
Impact PME & indépendants | ❌ | Experts-comptables et conseillers fiscaux |
Lisibilité pour les entrepreneurs | ❌ | Terrain économique |
Mise en œuvre pratique | ❌ | Conseil quotidien |
Dans ce contexte, plusieurs pistes s’imposent :
Les auditions parlementaires ont révélé de nombreuses fragilités de la future taxe sur les plus-values. Mais elles ont aussi mis en évidence une lacune majeure : l’absence de la voix des experts-comptables et conseillers fiscaux.
Or, ce sont eux qui se trouvent à l’interface entre la norme fiscale et l’économie réelle.
Les ignorer, c’est prendre le risque de concevoir une réforme techniquement sophistiquée, mais déconnectée de la réalité entrepreneuriale.
Dans un contexte où l’on appelle à soutenir l’initiative, l’investissement et la création de valeur, entendre ceux qui conseillent les entrepreneurs au quotidien n’est pas un luxe : c’est une nécessité économique.