
Le rapport annuel du Service interne pour la prévention et la protection au travail (SIPPT) constitue une obligation récurrente pour l’employeur, quel que soit le secteur d’activité. Derrière ce formalisme apparent se cache un enjeu central : la traçabilité de la politique de bien-être au travail et la capacité de l’entreprise à démontrer, en cas de contrôle ou de litige, qu’elle met effectivement en œuvre une démarche de prévention structurée.
Pour les experts-comptables et conseillers fiscaux qui accompagnent des PME, cette obligation est souvent perçue comme « périphérique ». Elle n’en demeure pas moins un risque de non-conformité sociale qui peut entraîner des conséquences administratives, voire pénales, dans le cadre du Code pénal social. D’où l’intérêt d’en rappeler les contours, les modalités pratiques et les points d’attention concrets pour l’année 2026.
Toute entreprise est tenue d’organiser un Service interne pour la prévention et la protection au travail (SIPPT). Il s’agit de la structure interne chargée de soutenir l’employeur dans la mise en œuvre de sa politique de bien-être au travail (sécurité, santé, ergonomie, aspects psychosociaux, hygiène du travail, etc.).
Concrètement, la réglementation impose que :
Ce cadre s’applique indépendamment de la taille de l’entreprise et du secteur. Il s’agit d’une obligation de structure, non d’une simple bonne pratique.
Chaque année, le conseiller en prévention interne doit établir un rapport annuel sur le fonctionnement du SIPPT.
Ce document n’est pas un rapport « narratif » libre : il s’agit d’un formulaire réglementé qui vise à donner une image statistique et qualitative des actions de prévention menées au cours de l’année écoulée (en pratique, le rapport établi début 2026 porte sur l’année 2025).
Pour assurer une standardisation, le SPF Emploi met à disposition trois modèles de formulaires, selon l’organisation du SIPPT :
Une note explicative officielle accompagne ces formulaires et précise, rubrique par rubrique, les informations attendues (accidents du travail, actions de formation, mesures de prévention, collaboration avec le SEPPT, etc.).
Depuis plusieurs années, le régime a été allégé sur le plan formel.
L’employeur n’est plus tenu d’envoyer systématiquement le rapport annuel du SIPPT à la Direction générale Contrôle du bien-être au travail.
En revanche, l’obligation est désormais celle de la mise à disposition :
le rapport doit être conservé dans l’entreprise et tenu à la disposition de l’inspection sociale compétente.
Autrement dit, l’absence d’envoi ne dispense en rien de l’obligation de rédaction. En cas de contrôle, l’inspection peut exiger la présentation immédiate du rapport annuel et en vérifier la complétude.
Lorsque l’entreprise dispose d’un Comité pour la prévention et la protection au travail (CPPT), des règles spécifiques de communication s’appliquent.
L’objectif poursuivi par le législateur est d’assurer une concertation sociale effective autour de la politique de prévention.
Dans ce cadre, il convient de rappeler que :
Cette communication interne fait partie intégrante de la conformité légale. Elle ne peut être remplacée par une simple information informelle.
Le non-respect des obligations liées au SIPPT (absence de service interne, défaut de rapport annuel, rapport incomplet ou non disponible en cas de contrôle) peut exposer l’employeur à :
D’un point de vue de gouvernance, l’absence de rapport documenté prive également l’entreprise d’un outil de pilotage interne de sa politique de prévention.
Élément | Obligation légale | Modalités pratiques | Références |
Existence d’un SIPPT | Obligatoire pour tout employeur | Au moins un conseiller en prévention interne | Code du bien-être au travail |
Rédaction du rapport annuel | Obligatoire chaque année | Formulaire A, B ou C selon la structure | Art. II.1-6, §1, 2°, b |
Transmission à l’administration | Plus requise | Rapport à conserver et tenir à disposition de l’inspection | AR du 7 février 2018 |
Communication au CPPT | Obligatoire si CPPT existant | Copie aux membres dans les délais légaux | Code du bien-être au travail |
Conservation du rapport | Obligatoire | Disponibilité immédiate en cas de contrôle | Code pénal social |
Pour éviter que le rapport annuel du SIPPT ne soit traité comme une formalité de dernière minute, plusieurs bonnes pratiques peuvent être suggérées aux entreprises accompagnées par les experts-comptables :
Le rapport annuel du SIPPT ne relève pas d’un simple exercice administratif. Il s’inscrit dans une architecture juridique cohérente du droit du bien-être au travail, qui impose à l’employeur une politique de prévention structurée, documentée et contrôlable.
Pour les professionnels du chiffre, l’enjeu est double : sécuriser leurs clients sur le plan de la conformité sociale et intégrer cette obligation dans une vision plus large de la gouvernance d’entreprise et de la gestion des risques non financiers.