
Certaines obligations sociales reviennent chaque année, mais sont encore trop souvent abordées “au dernier moment”. Le plan de formation en fait partie : pour les entreprises concernées, il doit être arrêté au plus tard le 31 mars 2026, selon une procédure de concertation précise. Au-delà de la conformité, cet exercice peut devenir un outil de pilotage utile, à condition d’être cadré correctement et documenté.
Référence principale : loi du 3 octobre 2022 portant des dispositions diverses relatives au travail (M.B., 10.11.2022).¹
La règle est simple : toute entreprise du secteur privé occupant au moins 20 travailleurs doit établir un plan de formation, chaque année.¹
Point d’attention pratique : le seuil de 20 travailleurs implique, en pratique, de vérifier le “compte” des travailleurs selon les règles applicables à l’entreprise (effectif et périodes de référence). En cas de doute, il est prudent de documenter la méthode retenue dans le dossier social.
Sur le plan légal, le plan de formation :
Sur le plan pratique, c’est un support utile pour :
Avant d’entrer dans le détail, il faut garder une logique de lecture : le plan doit dire “quoi”, “pour qui” et “dans quel objectif”, en distinguant deux grandes catégories de formation.
Il s’agit de formations structurées (cours, stages), conçues par des formateurs/orateurs, avec une organisation “cadencée”, souvent dans un lieu distinct du poste de travail, pour un groupe d’apprenants, et organisées par l’entreprise ou un organisme externe.¹
On vise ici des activités en lien direct avec le travail, mais organisées de manière plus souple, souvent auto-organisées (horaire, lieu, contenu) et définies en fonction des besoins sur le lieu de travail. Exemple mentionné : participation à des conférences, foires, exposés.¹
Le plan doit expliquer comment il contribue à l’investissement dans la formation, avec l’objectif de référence de 5 jours/an pour un temps plein.¹
Pour rendre le plan robuste, le texte impose notamment de :
Enfin, une précision importante : une CCT sectorielle rendue obligatoire par arrêté royal peut imposer des exigences minimales qui s’ajoutent au cadre général.¹
Le plan de formation est établi pour une durée d’au moins un an.¹
En pratique, beaucoup d’entreprises s’alignent sur l’année civile, mais l’important est de respecter la cohérence “durée – calendrier – communication”.
La procédure dépend de l’existence (ou non) d’organes de concertation.
a) S’il existe un Conseil d’entreprise (CE) ou, à défaut, une Délégation syndicale (DS)
Pour sécuriser le calendrier, on peut retenir la séquence suivante :
b) S’il n’existe ni CE ni DS
La logique reste une consultation, mais directement avec les travailleurs :
Dans tous les cas, le plan doit être conservé dans l’entreprise.¹
Deux volets coexistent : l’accès interne et l’envoi externe.
Imaginons une entreprise de services (25 travailleurs), avec une difficulté de recrutement sur un profil “analyste” et un besoin de montée en compétences numériques.
Le plan pourrait distinguer :
Et expliciter :
Thème | Exigence clé | Date/Modalité | Point d’attention |
Champ d’application | Entreprises (secteur privé) ≥ 20 travailleurs | Obligation annuelle | Vérifier et documenter le seuil |
Contenu | Formations formelles + informelles + groupe-cible | Plan écrit (papier/électronique) | Distinguer clairement les deux catégories |
Objectif formation | Explication de la contribution à l’investissement formation (référence 5 jours/an temps plein) | Intégré dans le plan | Garder une cohérence “objectifs – moyens – publics” |
Publics & égalité | Dimension de genre + attention aux groupes à risque (dont 50+) + handicap + origine étrangère + métiers en pénurie | Dès la conception | Éviter un plan “uniforme” qui exclut certains publics |
Procédure (avec CE/DS) | Projet → communication → réunion ≥ 15 jours → avis CE/DS | Avis au 15/03/2026 ; plan au 31/03/2026 | Tracer les étapes (preuve de concertation) |
Procédure (sans CE/DS) | Projet → soumission aux travailleurs | Soumission au 15/03/2026 ; plan au 31/03/2026 | Formaliser la consultation (mail, affichage, etc.) |
Conservation | Conserver dans l’entreprise | Permanent | Utile en cas de contrôle |
Envoi SPF Emploi | Copie au DG Contrôle des lois sociales | Dans le mois de l’entrée en vigueur | Anonymiser si données personnelles |
Pour éviter une conformité “théorique”, quelques réflexes structurants méritent d’être appliqués :
Le plan de formation n’est pas qu’une formalité : c’est une obligation annuelle structurée, avec un calendrier strict (15 mars / 31 mars 2026), une logique de concertation et des exigences de contenu qui dépassent la simple liste de formations. Bien préparé, il devient un outil utile de gouvernance des compétences et un élément de conformité socialement sensible, notamment sur l’accès équitable à la formation.