
Depuis plusieurs mois, la facturation électronique et le réseau Peppol occupent une place centrale dans le débat public, fiscal et économique. Présentée comme un levier majeur de modernisation, de transparence et de lutte contre la fraude, cette réforme structurelle est appelée à transformer durablement les pratiques des entreprises belges.
L’OECCBB ne remet pas en cause cette ambition. Bien au contraire. La profession des experts-comptables et conseillers fiscaux a toujours soutenu les évolutions allant vers une économie plus digitale, plus fluide et plus efficiente.
Mais entre l’intention et l’exécution, le fossé se creuse. Et aujourd’hui, le terrain alerte.
À l’occasion de récentes interventions médiatiques — notamment dans L’Écho et au JT de la RTBF — et en écho à la prise de position du KVABB, l’OECCBB souhaite rappeler une position claire, constructive et responsable : une réforme aussi fondamentale ne peut réussir sans une mise en œuvre réaliste, progressive et respectueuse des contraintes opérationnelles.
Non. Et il est essentiel de le rappeler.
Le réseau Peppol constitue une excellente architecture de principe. À terme, il permettra :
Sur le fond, la profession est alignée. Les experts-comptables sont même des acteurs clés de cette transition, investissant massivement en temps, en formation et en accompagnement auprès de leurs clients.
Le problème n’est donc pas la vision.
Le problème est le décalage entre la vision et la réalité actuelle du réseau.
Les retours du terrain sont convergents et préoccupants.
Dans la pratique quotidienne, nos membres constatent notamment :
Ces dysfonctionnements ne sont pas anecdotiques. Ils touchent le cœur même de la chaîne comptable et fragilisent la confiance dans le système.
Oui, sans ambiguïté.
Les données disponibles montrent que :
Autrement dit, la connectivité ne signifie pas l’opérationnalité.
Un réseau peut être largement déployé sans être encore pleinement fonctionnel.
Nous sommes donc encore loin d’un environnement stable, mature et fiable permettant un basculement généralisé sans risques.
Depuis plusieurs mois, l’OECCBB plaide pour plus de sobriété dans le rythme des réformes numériques.
Une réforme aussi structurante que la facturation électronique :
Pourquoi vouloir courir quand les conditions minimales pour apprendre à marcher ne sont pas encore réunies ?
En s’alignant sur l’appel du KVABB, l’OECCBB demande :
La facturation électronique n’est pas un combat entre innovation et conservatisme.
C’est un projet collectif, qui ne peut réussir que s’il est co-construit.
Les experts-comptables et conseillers fiscaux sont des partenaires naturels de cette transition. Ils sont à la fois prescripteurs, accompagnateurs et garants de la sécurité juridique et fiscale.
Les ignorer ou sous-estimer la réalité de leur travail quotidien serait une erreur stratégique.
L’OECCBB reste pleinement engagé en faveur de la digitalisation de l’économie belge.
Mais cette ambition doit s’inscrire dans une approche réaliste, progressive et humaine.
La réussite de Peppol ne dépendra pas uniquement d’une obligation légale ou d’un calendrier.
Elle dépendra avant tout de la qualité du dialogue, de la robustesse du système et du respect des réalités du terrain.
Nous y arriverons.
Mais uniquement ensemble, au bénéfice de l’économie et de l’intérêt commun.