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Régularisation des crypto-actifs non déclarés: obligations, risques et démarches pratiques

La transposition de la directive DAC8 en droit belge par la loi du 16 mars 2026 a modifié les conditions de détection des crypto-actifs non déclarés.

Les prestataires de services sur crypto-actifs (CASP) enregistrés dans l'Union européenne sont désormais tenus de transmettre automatiquement au SPF Finances les données transactionnelles de leurs clients belges : identité, montants, types d'opérations.

Les premières transmissions portant sur l'exercice 2026 interviendront au plus tard le 30 juin 2027.

Cette transmission automatique se conjugue avec deux autres obligations préexistantes.

D'une part, la déclaration des comptes crypto détenus auprès de plateformes étrangères au Point de Contact Central (PCC) de la Banque Nationale.

D'autre part, la déclaration des revenus crypto dans la déclaration IPP annuelle.

L'administration dispose par ailleurs, en vertu de la loi de transposition, d'un pouvoir d'investigation complémentaire lui permettant de demander à tout CASP déclarant, par voie électronique, l'ensemble des informations et documents nécessaires à la vérification du respect des obligations fiscales du contribuable.

Toute incohérence entre les données reçues via DAC8 et les déclarations IPP antérieures peut déclencher une demande d'informations puis un contrôle fiscal ciblé


Qualification fiscale des gains non déclarés

Le SPF Finances peut qualifier les gains crypto non déclarés selon trois régimes :

Les revenus divers (article 90 CIR 92) entraînent une imposition à 33 %, augmentée des additionnels communaux.

Les revenus professionnels (article 23 CIR 92) sont soumis au taux progressif IPP pouvant atteindre 50 %, complété par les cotisations sociales.

En cas de fraude fiscale intentionnelle, des pénalités de 10 % à 200 % du montant éludé s'ajoutent, avec des intérêts de retard de 7 % par an.

En pratique, lors d'un contrôle portant sur des crypto-actifs non déclarés, la qualification la plus fréquente reste celle de revenus divers à 33 % ou de revenus professionnels, majorée d'une pénalité pour non-déclaration intentionnelle.

La 5e procédure de régularisation fiscale

La coalition De Wever I a annoncé dans son accord l'ouverture d'une cinquième procédure de régularisation fiscale, après l'expiration de la quatrième procédure le 31 décembre 2023. Les crypto-actifs entrent dans son champ d'application.

En l'état des informations disponibles, cette procédure couvrira la régularisation des revenus non prescrits fiscalement et des capitaux fiscalement prescrits. Le taux de majoration applicable est de 30 % pour les revenus non prescrits et de 45 % pour les capitaux prescrits.

Trois voies de régularisation

La première option consiste en une déclaration spontanée rectificative pour les exercices non prescrits. Cette démarche déclenche l'imposition des gains avec pénalités réduites si le contribuable peut démontrer une erreur non intentionnelle. Pour les exercices prescrits, l'administration ne peut plus taxer.

La deuxième option passe par le Service public fédéral de régularisation fiscale, qui traite les demandes de régularisation formelle.

La troisième option, pour les situations complexes (gains importants, plusieurs exercices concernés, incertitude sur la qualification), est une consultation préalable avec un avocat fiscaliste en vue de sécuriser la position avant toute démarch


Situations pratiques courantes

Un contribuable qui a déclaré ses plus-values crypto dans son IPP mais omis de déclarer son compte étranger au PCC se trouvera dans une situation d'infraction à l'obligation déclarative, distincte d'une fraude fiscale sur les revenus. La régularisation consiste à déclarer le compte rétrospectivement au PCC et à vérifier la cohérence des déclarations antérieures.

Le contribuable qui n'a rien déclaré sur plusieurs exercices se trouve dans la situation la plus exposée. Une régularisation spontanée correctement documentée reste préférable à l'attente d'un contrôle.

Un contribuable dont les opérations crypto ont globalement généré des pertes n'a pas de plus-values à déclarer et donc pas de base imposable. En revanche, si certaines années ont généré des gains et d'autres des pertes, l'analyse exercice par exercice est nécessaire : les pertes d'une année ne compensent pas toujours les gains d'une autre.


Points d'attention pour les professionnels du chiffre

Les sanctions spécifiques de l'article 445, §6/1 CIR 92 (amendes de 1 250 à 50 000 EUR) visent les CASP déclarants et non les contribuables individuels. Les particuliers restent soumis aux sanctions fiscales de droit commun : accroissements d'impôt, amendes administratives et intérêts de retard.

Les wallets non-custodial ne sont pas directement visés par DAC8. Les transferts depuis une plateforme vers un portefeuille externe sont toutefois déclarés par le CASP au SPF Finances, ce qui fournit à l'administration une trace des sorties de fonds.

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