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La chute de la livre sterling: un demi-siècle de domination du dollar

Il y a cinquante ans, ou presque, la livre sterling vacillait. Ce n’était pas seulement une monnaie qui baissait : c’était un monde qui changeait de centre de gravité.

En 1976, le Royaume-Uni, encore hanté par les souvenirs impériaux, découvrait brutalement que la souveraineté monétaire ne se décrète pas. Elle se mérite par la confiance, la discipline budgétaire, la maîtrise de l’inflation et la crédibilité politique. Or tout manquait : l’inflation était élevée, les comptes publics dégradés, la balance des paiements fragile, les syndicats puissants, l’État épuisé par ses promesses.

La livre sterling, qui avait longtemps incarné l’orgueil financier britannique, s’enfonça alors face au dollar. Et ce glissement disait davantage qu’un simple mouvement de change : il consacrait l’effacement d’une puissance ancienne au profit de l’hégémonie américaine. La City regardait Wall Street lui ravir le centre du monde.

L’humiliation fut consommée lorsque le gouvernement travailliste de James Callaghan dut solliciter l’aide du Fonds monétaire international. Le prêt de 3,9 milliards de dollars demandé en 1976 fut alors le plus important jamais sollicité auprès du FMI. En contrepartie, Londres dut accepter l’austérité, les coupes budgétaires et la surveillance extérieure. Pour un pays qui avait jadis dominé les mers, c’était un naufrage symbolique.

Cette crise annonçait une rupture intellectuelle majeure. Elle signait la fin de l’illusion selon laquelle l’État pouvait indéfiniment acheter la paix sociale par la dépense publique et l’inflation. Elle préparait, dans les décombres du keynésianisme d’après-guerre, le surgissement du monétarisme, de Thatcher, de Reagan, et d’un capitalisme plus dur, plus financier, plus discipliné par les marchés, sans qu'on comprenne que ce serait un basculement toxique, qui serait suivi d'une globalisation acharnée. C'était la fin du capitalisme rhénan, qui avait pourtant permis la reprise après-guerre.

La leçon demeure implacable : une monnaie n’est jamais seulement un instrument technique. C’est une confession collective. Elle révèle la solidité d’un pays, la cohérence de ses choix, la confiance qu’il inspire.

En 1976, la livre sterling ne sombra pas seule. Avec elle s’abîma une certaine idée de la puissance européenne d’après-guerre.

Et le dollar, lui, ne triompha pas seulement comme devise : il s’imposa comme langue impériale de la finance mondiale.​

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Publié le 27 May 2026 à 04:00
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